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Déclaration liminaire de la FCPE 06 pour le CDEN du 19 octobre 2016

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 Monsieur le Préfet, Monsieur le Président du Conseil Départemental, Monsieur l'Inspecteur d'Académie, Mesdames et Messieurs les membres du CDEN,

C’était une rentrée sereine, c’est ce qui nous a été répété au cours de la réunion que nous avons eue il y a quelques semaines.

Cette si sereine rentrée, où nous avons été informés à la dernière extrémité des mesures mises en place pour assurer la sécurité des établissements scolaires d’où nous sommes ressortis avec l’amère impression d’avoir certes été les cibles de la communication, mais pas les partenaires de la réorganisation de la relation entre les familles et l’école que l’état d’urgence et le plan alerte attentat imposaient.

Sur le fond, dire que nous avons été déçus par les décisions prises relèverait de l’euphémisme. Nous avons plutôt été atterrés.

Atterrés car ces mesures ne dupent personne: ce n’est pas un ou deux agents de sécurité ou de police municipale, soutenus par une caméra, qui parviendront à arrêter un ou plusieurs individus déterminés.

Atterrés, car nous avons été plusieurs fois sollicités par des parents inquiets de ce qui se passe à la sortie de l’école: trop de parents dans un espace trop petit, exposé à la circulation, ou exposant au risque de bousculade, avec des tensions ravivées. Mais aussi par des parents dont les enfants vivaient particulièrement mal cette rentrée où il fallait entrer seul dans l’école, par des parents qui ne connaissaient toujours pas le visage de l’enseignant de leur enfant plusieurs semaines après la rentrée –mais prenez donc rendez-vous!

Atterrés, par les déclarations entendues à tous les niveaux. Il n’est pas acceptable que des représentants de l’Éducation Nationale osent répondre à des questionssur les mesures prises «rendez-vous compte que des enfants sont morts», comme si l’institution avait le monopole du coeur, comme si on pouvait instrumentaliser la peine des familles pour justifier de porter atteinte aux droits d’autres familles.

Atterrés encore, quand plusieurs directeurs d’école justifient l’exclusion des parents en expliquant que «le terroriste du 14 juillet était un parent d’élève, donc des parents peuvent mener des attaques dans l’école». Vous nous excuserez de ne pas voir une causalité aussi évidente entre le fait d’être parent et le fait d’être un terroriste potentiel. Nous pousserions même le mauvais esprit à nous étonner que face à l’horreur de l’attaque en question, on ait pu penser à exclure les parents des écoles, mais pas àexclure les camions des abords des écoles, où pourtant des attroupements conséquents se forment à chaque sortie.

Atterrés de voir que pour un certain nombre de personnes, il semble que les atteintes au droit, aux libertés fondamentales, soient devenues acceptables. Ainsi, ce règlement intérieur de l’école Jean Macé 1, qui prévoyait d’interdire les parents porteurs de «signes ostentatoires» de sortie scolaire. Nous pouvons être rassurés, l’intervention du Ministère a permis de retirer l’article litigieux. En revanche, on trouve dans les cahiers de certains élèves un mot qui interdit désormais à tous les parents d’accompagner les sorties «pour raison de sécurité». Cette exclusion a été soutenue en Conseil d’école par l’IEN, qui a affirmé que cette interdiction concerne tous les parents des écoles de sa circonscription comme par l’adjointe présente à ce Conseil d’école, qui a déclaré que dans toute la ville de Nice, les parents étaient désormais interdits d’accompagner les sorties scolaires.

Cette affirmation est fausse, on le constate sur le terrain.Elle est surtout inacceptable. Comment justifier une interdiction générale et absolue faite aux parents d’accompagner les sorties scolaires? Un directeur d’école, un IEN, peut-il ainsi formuler une interdiction générale et absolue, alors que les circulaires applicables aux sorties scolaires énoncent les parents comme susceptibles d’accompagner les dites sorties? A moins que vous n’ayez connaissance, Monsieur le Préfet, d’une menace particulière que les parents de la circonscription Nice 6 feraient porter sur les sorties scolaires, auquel cas nous vous demandons instamment de bien vouloir faire le nécessaire pour protéger les enfants, évidemment.

Dans d’autres établissements, l’interdiction ne passe pas par le règlement intérieur. Il est simplement convenu que les enseignants ne feront plus appel à l’ensemble des parents, mais en désigneront certains, et auront le soin de choisir ceux qui ne portent pas de signes ostentatoires –comprendre les mamans voilées.

Nous pourrions encore ajouter à la liste des brimades subies par les parents d’élèves les divers exploits d’un collège niçois, qui après avoir annoncé souhaiter remplacer les réunions de rentrée par un trombinoscope et des fiches sur l’ENT, a fait annuler à la dernière minute les réunions des fédérations de parents car il ne disposait pas du personnel nécessaire au contrôle de l’identité des participants, puis a refusé l’accès de l’établissement à un élu au Conseil d’Administration, qui n’avait certes plus d’enfant scolarisé au collège, mais qui demeurait élu jusqu’à l’entrée en fonction du nouveau CA.

Nous pouvons aussi évoquer avec vous le soulagement noté par certains directeurs d’école maternelle, qui nous ont signalé que le fait de ne plus avoir les parents le matin permettait de gagner du temps.

Nous sommes atterrés, car il nous avait semblé, dans la loi de refondation de l’école de 2013 et les circulaires qui l’ont accompagné, voir renforcée la place des parents dans l’école. Pouvons-nous encore rappeler que d’après cette loi «« Il est prévu, dans tous les établissements d'enseignement, un espace à l'usage des parents d'élèves et de leurs délégués. » Monsieur l’Inspecteur d’Académie, Messieurs les Représentants des Collectivités Territoriales, Monsieur le Préfet, comment comptez-vous mettre en œuvre cette loi de la République? Permettez-nous de citer quelques objectifs de la circulaire du 15 octobre 2013, qui n’a pas été abrogée…

Son titre: Renforcer la coopération entre les parents et l'école dans les territoires… Je cite «La scolarité de leurs enfants et les relations qu'ils entretiennent avec l'École sont au cœur des préoccupations des parents. Leur participation à l'action éducative est déterminante dans la réussite des élèves, en particulier des plus fragiles. L'approfondissement du dialogue avec les équipes éducatives, fondé sur le respect mutuel, contribue également à la qualité du climat scolaire et à la promotion de la coéducation.»

Que faisons-nous de ce texte aujourd’hui? Qu’avez-vous prévu de mettre en œuvre pour Construire une véritable coopération entre les parents et l'École

Afin de favoriser le lien entre les familles et les établissements, des activités sont organisées régulièrement concernant la parentalité. Elles sont facilitées par l'existence d'espaces parents et prennent appui sur l'ensemble des acteurs et partenaires territoriaux du système éducatif, en veillant à valoriser les compétences des parents.

 

Nous sommes atterrés, car nous voilà face à la plus forte régression de la place des parents dans l’école. Nous sommes désormais sur le trottoir, enfin, on nous demande quand même aussi de ne pas y rester trop longtemps, et nous n’avons aucune idée de la manière dont les portes des écoles pourront à nouveau s’ouvrir aux parents.

Il nous semble important, pour conclure, de rappeler que l’éducation d’un enfant prend plusieurs quinquennats, plusieurs vagues d’attentats, plusieurs catastrophes sanitaires.

Nous avons la charge d’éduquer nos enfants, nous avons collectivement la charge d’en faire des citoyens. Des citoyens libres, dotés d’un esprit critique et d’ouverture. Pas des paranoïaques barricadés dans des bunkers, qui redoutent tout et n’importe quoi de leurs voisins.

L’enjeu est bien là, et il est indispensable que les mesures prises dans la précipitation soient enfin revues pour s’adapter aux réalités du terrain et aux exigences bienveillantes de la co-éducation, et tout simplement, de l’éducation.

Merci